Jean-Paul Sartre ou la fille à maman

Suite à l’interprétation de La Nausée, de Jean-Paul Sartre, j’ai voulu comprendre sa dynamique familiale. Voici une de ses photos quand il a 2 ans. D’après vous, c’est un garçon ou une fille ?sartre-2-ansJe cherche qui est Antoine, le héros de son premier roman, la personne qui a perdu un frère et qui prend la colère de sa mère. Dans cet article, vous aurez droit dans un premier temps à la généalogie et la vie de Jean-Paul avant la constellation que j’ai osée animer.

La généalogie et la vie de Jean-Paul Sartre

La généalogie

Voici son arbre généalogique. Vous pouvez cliquer dessus pour l’agrandir. Le côté paternel est à gauche et le maternel à droite.

Genealogie JP SartreDu côté de son père…

  • Son grand-père paternel, Eymard Sartre, médecin, a perdu 2 soeurs et un frère. Il s’est marié avec Marie Marguerite Chavoix, fille d’un pseudo-riche pharmacien. Eymard, apprenant qu’il avait été trompé sur le montant de la dot, ne parla plus à sa femme.
  • Un enfant est né et mort en 1970, avant la naissance de Joseph, d’Hélène (appelée Anne par Jean-Paul Sartre) et de Jean-Baptiste, qui réussit l’école Polytechnique de Paris où il fit la connaissance de Georges Schweitzer, frère d’Anne.

Du côté de sa mère…

  • Son grand-père paternel, Charles, était alsacien et professeur d’allemand. Un de ses frères, Louis est le père du célèbre Albert Schweitzer. Il fut amoureux d’une écuyère avant de se marier à Louise Guillemin.
  • Une première fille est morte en bas-âge (suivant Les Mots). Georges a réussi l’école Polytechnique, tandis qu’Emile est mort à moitié fou.

Jean-Paul a donc un oncle paternel mort jeune et une tante maternelle morte jeune, ce qui a du sûrement attirer ses parents, tous deux ayant une même dynamique morbide, chacun voulant sûrement mourir pour rejoindre un membre de la fratrie de même sexe. A priori, il devrait s’identifier à son oncle, étant lui-même un homme.

Sa vie

Quand son père est mort, Jean-Paul a vécu brièvement dans sa famille paternelle. Il a passé l’essentiel de sa jeunesse chez ses grands-parents maternels. Sa mère l’habillait comme une fille « elle eut aimé que je fusse une fille pour de vrai. » Et le grand-père disait «  C’est un garçon, tu vas en faire une fille ; je ne veux pas que mon petit-fils devienne une poule mouillée ». Et, quand JP avait 7 ans, il lui coupa les cheveux.

La constellation familiale selon Bert Hellinger

J’ai commencé par placer les grands-parents maternels, puis paternels. Ensuite j’ai voulu vérifier mon hypothèse sur la Nausée et les grands parents-paternels.

Les grands-parents maternels et leurs enfants

Les représentants de Charles et de sa femme se placent spontanément, la femme à la droite de son mari. Ainsi, l’histoire de l’écuyère est vraie, elle a compté pour Charles.

  • Leur fille morte se place à la gauche de son père en laissant en espace libre. Elle est sûrement identifiée à l’écuyère.
  • La fille vivante, la mère de Jean Paul se place entre le père et la fille morte.

Nous avons la configuration suivante :

JPS1La mère de Jean-Paul veut prendre la place de sa soeur morte. C’est pour cela qu’elle vit chez ses parents.

Les grands-parents paternels et leurs enfants

Le père et l’oncle mort se placent face à face. Le père serre les poings : il est donc en colère contre son frère mort. C’est pour cela qu’il est aussi mort jeune, pour le rejoindre.

La naissance de Jean-Paul

Il se sent plus concerné par sa tante maternelle que par son oncle paternel. Il accepte que son père meure pour rejoindre son frère.

Jps2Néanmoins, sa a mère le retient quand son père meurt….

Jean-Paul vit chez son grand-père paternel

Le grand-père le prend pour son fils et, pour lui, c’est bien un garçon. Sa mère pense qu’il la protège. Jean-Paul aime bien se mettre derrière son grand-père qui préfère le voir devant…. Le père de Charles, instituteur, est mort à 81 ans.

Antoine, la nausée et les grands-parents paternels de Jean-Paul

Je place les héros du livre La Nausée, puis les grands-parents :

  • Le représentant du héros de la Nausée, Antoine, a envie de tourner en rond et se sent très léger. Finalement, il se met près de l’oncle mort.
  • La nausée vient en face d’Antoine, puis à côté de lui.
  • Je place les grands-parents du père de Jean-Paul Sartre, Eymard, le père qui ne voulait plus s’adresser à sa femme Marie-Marguerite, quand il apprit que son beau-père n’avait pas d’argent. La Nausée se place à côté de la grand-mère, elle représente la colère de Marie-Marguerite contre son mari, elle a aussi envie de se mettre entre les deux.

Cela confirme l’hypothèse précédente. L’histoire de la Nausée est l’histoire du père de Jean-Paul.

En conclusion : sa vie reflète sa double identification

Jean-Paul Sartre est identifié à sa tante maternelle et à son oncle paternel.

  • Jean-Paul Sartre est donc un fils à maman original, identifié à une soeur de sa mère. Il aurait pu dire « on ne nait pas homme, on le devient ». Heureusement que son grand-père l’a compris et lui a coupé les cheveux. Il aurait pu être homosexuel, comme Alan Turing identifié à sa tante Evelyne.
  • Dans son roman La Nausée, il parle de son oncle mort que son père veut rejoindre et qu’il ignore dans Les mots. « A la mort de mon père, je guéris » écrit-il dans Les mots. Les histoires justifient souvent l’exclusion d’une personne du système familial.

Enfin, la Nausée est un bel exemple de déplacement des émotions dites étrangères. Elle est la colère de la grand-mère paternelle contre son mari qui ne voulait plus lui adresser la parole. Il l’avait plus ou moins perçu en écrivant « j’étouffais de colère contre ce gros être absurde ».

J’ai aussi voulu comprendre la phrase de JP Sartre « L’existence précède l’essence » en animant une constellation. L’existence est sa mort et l’essence sa vie. Ainsi, il pense que la mort est plus importante que la vie.

Pour aller plus loin :

Sur Sartre

  • La page d’où j’ai tiré la photo de JP Sartre à 2 ans.
  • Une interview que j’ai trouvée intéressante.

Sur La Nausée

La Nausée est le monde du tiède sur France Culture par Raphaël Enthoven ou comment jargonner philosophiquement sur une expérience ontologique… ou comment les mots font défaut face à un objet qui ne bouge pas. Bof…

Si vous avez des remarques, laissez-moi un commentaire.

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