Thérèse Raquin, la tueuse par défaut

Le fils d’une amie ayant Thérèse Raquin à son programme de seconde, j’ai voulu comprendre la métaphore de cette histoire de jeunesse de Zola où un amant noie le mari de sa bien-aimée.

Voici donc l’histoire pas très rigolote et la constellation familiale.

L’histoire de Thérèse Raquin

Thérèse Raquin était la version étoffée d’une nouvelle, «Un mariage d’amour », publiée par Zola dans Le Figaro le 24 décembre 1866. Émile Zola était très fier de sa nouvelle. Il disait lui-même :

Je suis certain qu’il y a dans ce canevas une œuvre de maître à faire. Je voudrais tenter d’écrire cette oeuvre, de l’écrire avec mon cœur et ma chair, d’en faire une chose vivante et poignante. Voulez-vous m’aider à enfanter ? [ … ]  Je sens que ce sera là mon grand ouvrage de jeunesse. Je suis plein du sujet, je vis avec les personnages.

Les protagonistes

Voici l’histoire peu réjouissante de Thérèse Raquin. Mme Raquin, mère de Camille, recueille sa nièce Thérèse, dont la mère est morte jeune et dont le père Degans est mort peu de temps après.Thérèse, mariée avec Camille, devient l’amante de Laurent. Celui-ci noie Camille avec l’accord de Thérèse, tout comme sur la photo. Poussé par le remords, Laurent raconte tout à Mme Raquin qui est paralysée, puis il se suicide avec Thérèse devant elle. Charmant et léger, vous ne trouvez pas ?

Laurent vient aussi jouer aux cartes avec Michaud, père d’Olivier, mari de Suzanne et chef de Laurent. J’ai négligé ces personnages secondaires. Par contre, j’ai retenu François, le chat de Mme Raquin, qui est aussi tué par Laurent.

L’histoire des amants tueurs

Voici donc l’histoire résumée en respectant la chronologie :

  • La maman de Thérèse meurt et sa fille est élevée chez sa tante à Vernon. Puis, son père meurt en Afrique.
  • à 21 ans, Mme Raquin raconte son histoire à Thérèse qui se marie avec Camille. Ils déménagent tous les quatre à Paris, avec le chat François.
  • Thérèse rencontre Laurent qui devient son amant. Comme Laurent n’a plus le droit de prendre des congés, il ne supporte plus de ne pas voir Thérèse et noie Camille devant elle. Ils ne se voient plus, Camille a une amante pendant un an et ils se marient.
  • Comme Thérèse et Laurent rêvent de Camille, Laurent démissionne et peint des portraits de Camille. Il raconte l’histoire à Mme Raquin paralysée et muette. Laurent bat Thérèse et le chat. Thérèse le trompe. Ils se suicident avec du poison devant Mme Raquin.

Quelle est la signification de cette histoire dite « naturaliste », empreinte de science psychologique ?

La constellation familiale de Thérèse Raquin

Commençons par mettre en place les protagonistes, les grands-parents, les parents, les cousins germains, puis l’amant tueur et suicidaire.

La famille Degans, les parents et les enfants

Mettons tout d’abord en place les parents de Mme Raquin et Mr Degans. J’ai supposé qu’ils s’appelaient Degans, comme leur fils.

  • Le père et la mère se placent correctement, le père à la droite de la mère. La future madame Raquin s’allonge spontanément au sol en face de ses parents. Le futur capitaine se place à la gauche de sa soeur allongée au sol.
  • La mère de Thérèse, la belle-fille indigène, se place à la droite du capitaine.

C’est comme si cette famille avait perdu une soeur : madame Raquin veut mourir et son frère se marie avec une femme qui va mourir. Elle peut vouloir aussi remplacer sa mère morte.

Thérèse Degans et Camille Raquin

Amenons les deux cousins germains, Thérèse, Camille et le chat François.

  • Thérèse se promène au milieu de ses grands-parents paternels morts. Elle peut fort bien être identifiée à sa GMP.
  • Mr Raquin vient en face de la future Mme Raquin allongée au sol et lui dit qu’il veut bien se marier avec elle et avoir un fils. Cela lui est complètement indifférent. Camille vient à côté de sa mère allongée au sol, en face de son père. Je fais tester à Camille qui est son père, si c’est le capitaine ou Mr Raquin. Il préfère Mr Raquin. Camille est donc attiré par son grand-père maternel. Cela valide l’hypothèse que c’est pour cela qu’il sont ensemble, Camille est identifié à Mr Degans, son grand-père maternel et Thérèse à Mme Degans, sa grand-mère maternelle.
  • Le chat est bien, allongé entre le capitaine et sa soeur. Il représente un frère mort (j’aurais préféré qu’il s’appelle Françoise, une soeur pour être plus cohérent) de Mme Raquin.

Après avoir fait mourir les parents de Thérèse, Camille commence à s’énerver et se sent mieux quand son père, Mr Raquin, meurt. Je le place en face de Thérèse qui n’est pas du tout intéressée, Mme Raquin est allongée au sol entre les deux. Camille n’est pas intéressé non plus. C’est complètement égal à Mme Raquin. Personne ne respecte le scénario de l’histoire; aucun des protagonistes ne veut de l’union entre Camille et Thérèse. Testons maintenant l’amant Laurent.

Laurent ne veut pas aller avec Thérèse

Laurent ne veut pas aller dans ce capharnaüm et Thérèse n’est pas intéressée. En les confrontant, Laurent n’a pas envie de tuer Camille. Il est toujours en colère contre son père, sûrement parce qu’il est mort jeune, tout comme Zola avec son père.

En conclusion : ce scénario est complètement artificiel

Rien ne marche dans cette histoire : Camille n’a pas envie d’épouser Thérèse, Laurent n’a envie ni de sortir avec Thérèse, ni de tuer Camille. C’est donc une histoire complètement artificielle. Correspond-elle à un fantasme de meurtre d’Emile Zola ? Comme il le dit lui-même dans la préface à la 2e édition…

Les amours de mes deux héros sont le consentement d’un besoin : le meurtre qu’ils commettent est une conséquence de leur adultère, conséquence qu’ils acceptent comme les loups acceptent l’assassinat des moutons; enfin, ce que j’ai été obligé d’appeler leurs remords, consiste en un simple désordre organique, en une rébellion du système nerveux tendu à se rompre. L’âme est parfaitement absente, j’en conviens aisément, puisque je l’ai voulu ainsi.

Ainsi, pour Zola, l’adultère conduit au meurtre. Le naturalisme est, suivant Wikipedia, un mouvement littéraire qui cherche à introduire dans les romans la méthode des sciences humaines et sociales, appliquée à la médecine par Claude Bernard. Émile Zola est le principal représentant de cette école littéraire en France.

Cette histoire veut nous faire croire que l’on tue par amour tout comme dans Le Cid, une manière d’accuser les femmes d’être responsables de la violence masculine. C’est encore une illusion romanesque. Je testerai ce que cela signifie pour Zola dans un prochain article.

Pour aller plus loin

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