Que faire face à une victime, un persécuteur ou un sauveur ?

Le « triangle dramatique » défini par Karpman a été repris par Eric Berne pour l’analyse des scénarios de vie. Ceux-ci peuvent être morbides, quand la personne veut mourir, ou plus légers, quand elle est prise dans une dynamique de victime, sauveur ou persécuteur.Triangle dramatiqueComme ces dynamiques se retrouvent souvent en relation à deux ou en groupe, j’ai animé une constellation sur ce sujet pour découvrir quels étaient les bénéfices de ces positions et des solutions éventuelles pour les résoudre.

La dynamique normale, orientée vie et croissance

Les parents « normaux » ainsi que leur enfant « normal » se placent spontanément, l’enfant s’appuyant sur le père à droite et la mère à gauche…. Tout est normal selon les « lois » des constellations familiales selon Bert Hellinger.

Célébrer la vie quand une personne veut mourir

Les parents de la personne « morbide » (Scénario Mortel) viennent se placer face à la caméra, un léger espace entre eux. Ils sont comme des personnes suicidaires qui veulent se faire voir. La fille se met en avant à leur droite. Elle ne s’appuie pas sur eux et veut partir en premier. Comme elle ne ressent rien, je lui demande de sortir et de revenir. Cela me permet de vérifier si elle a envie de mourir. Elle se sent très bien dehors. Le fait qu’elle veuille partir n’affecte pas ses parents. « Elle est grande », disent son père et sa mère en cœur.

Je la met face à la personne « normale » :

Pour voir les interactions entre la personne morbide et celle orientée mort, je les place face à face :

Scénario mortelJe teste différentes hypothèses :

  • Je fais dire à la personne Scénario Normal (SN) : « je suis bien avec mes 2 parents ». Cela ne change rien avec « Scénario Mortel » (SM).
  • Quand SN lui demande si elle a envie de partir, elle répond « oui ».
  • Si elle lui demande si elle peut l’aider, elle répond « non ». Ce qui est normal, une personne orientée mort ayant plutôt tendance à dire non.
  • N n’est pas affectée et répond : « si tu veux partir, c’est OK pour moi ».
  • Si N va derrière la mère de M, celle-ci n’a plus envie de mourir. La mère de M ne se sent pas très bien quand N est derrière elle, elle est même en colère contre elle. Peut-être que la mère confond N avec sa grand-mère.
  • Si N va derrière le père de M, celle-ci ne sait pas si elle a envie de mourir. La vie est donc plus liée à la mère qu’au père.
  • N lui demande de faire un tour dehors et de revenir. Quand elle revient, elle a moins envie de mourir « les gens sont souriants, plus vivants ».

N aide M quand elle lui dit à quel point elle aime et savoure la vie.

Aider la victime à ressentir son trauma et « un peu » sa colère

Les représentants de la victime (Scénario victime) et de ses parents se placent ainsi. La victime se cache derrière son père et se met au bord.Scénario VictimeJe fait dire à V « mon père et tous les hommes sont des salauds ». S Normal a envie de partir car elle perd de l’énergie avec les remarques de la victime. Puis, cela la fait rire quand V insiste. De s’appuyer sur son père ou sur sa mère ne fait pas de différence dans son ressenti par rapport aux paroles de V. Quand je demande à la victime de sortir, elle se sent bien. Elle a donc envie de mourir, comme dans un scénario morbide. J’essaye d’autres stratégies :

  • Quand N lui demande si elle est en colère, elle répond non. Quand elle lui demande si elle est un peu en colère, elle acquiesce ! Comme une victime veut mourir, elle va avoir tendance à dire non. Le « un peu » l’aide beaucoup. Elle n’en n’est pas consciente. Comme le dit Bert Hellinger, Les pleurs masquent la vengeance.
  • La victime demande aussi que l’on reconnaisse sa souffrance. Cela l’aide quand on lui demande « tu as été traumatisée par ton père ? »

Une solution, face à une victime, semble être de lui dire « tu as été traumatisée par (ton père) et tu es encore un peu en colère aujourd’hui' ».

La dynamique du persécuteur ressemble à celle de la victime

Les parents du persécuteur se placent, l’homme étant à la gauche de la mère. Je teste avec un enfant garçon et une fille. Quand le représentant persécuteur est un homme, il veut se battre avec son père, quand c’est une fille, elle veut se battre avec sa mère. Je fais dire à la fille : « je veux tuer ma mère ». La « Normale » se sent mieux quand elle décolle de ses parents, . Quand elle s’appuie sur ses 2 parents, elle ressent de la peine pour la victime. Ainsi, elle se sent mieux quand elle est adulte, quand elle n’a plus besoin de s’appuyer sur ses parents. J’essaye 2 stratégies qui peuvent aider la persécutrice.

  • De lui dire qu’elle est en colère contre sa mère lui fait plaisir et la calme.
  • Lui dire qu’elle souffre quand elle pense à sa mère la calme et la centre aussi.

Ainsi, les dynamiques de sauveur ou de persécuteur se ressemblent sur le fond, sauf que le persécuteur n’a pas envie de mourir comme la victime.

La dynamique du sauveur

La fille sauveuse se place spontanément à la droite de son père. Elle veut donc sauver papa. Je teste avec un garçon, c’est la même chose, il veut aussi sauver papa…

Scénario sauveurL’enfant sauveur demande à l’enfant « normal » s’il n’a pas envie de faire pareil. Son père est alors content. Comme la personne « normale » n’a pas envie d’être sauvée, je demande à une victime de venir. Un sauveur ne peut sauver quelqu’un qui n’en n’a pas envie.

Le sauveur s’approche de la victime et lui demande comment elle se sent. Elle a trouvé quelqu’un a sauver, comme son père.

Les 3 ensemble

Comme je demande au persécuteur de venir, il se place spontanément entre la victime et le sauveur. Il ne veut sûrement pas lâcher sa proie. Il fait fuir le sauveur qui se refuge à la droite de son père, sa place « naturelle ».

Comme la victime se plaint « mon papa m’a beaucoup battu« , le sauveur revient vers elle. Le sauveur aime quand il y a du conflit. Il prend l’énergie du persécuteur en se sentant supérieur à la victime. La difficulté du sauveur est d’accepter de recevoir, de se sentir redevable, ce qu’il peut ressentir comme une vulnérabilité.

La bonne conscience du persécuteur qui veut prendre la place d’autrui

Je veux tester le cas d’une personne qui en persécute une autre en faisant fait appel à sa bonne conscience. J’amène sauveur et persécuteur en face de la personne « normale » pour tester un persécuteur défendant une victime.

Je demande à la victime de dire « bonjour » à la personne normale et au persécuteur d’accuser la personne normale pour la manière dont elle a dit « bonjour » à la victime. J’espère que vous suivez…

La personne normale se sent moins tranquille… Elle s’appuie sur ses deux parents et dit « la meilleure chose que je puisse faire est de ne pas lui répondre ». Cela énerve le persécuteur qui insiste : « tu pourrais répondre ! »

En cherchant longuement, nous trouvons qu’en réalité, le persécuteur aurait aimé être à la place de la personne « normale ». Quand une personne vous reproche un comportement passé vis-à-vis d’un tiers, c’est qu’elle pense qu’elle aurait fait mieux à votre place, tout en n’osant pas intervenir auprès de la 3e personne. Cela calme le persécuteur quand il vous reproche un comportement passé de lui dire « tu aurais aimé être à ma place ? » Il n’est pas en paix avec son passé et vous en rend responsable.

En conclusion : acceptez de grandir

Le triangle dramatique me fascine, car c’est la dynamique la plus répandue dans les groupes et elle demande un certain coup d’œil.  Dans cet article, j’ai cherché comment aider une personne morbide, une victime, un sauveur et un persécuteur professionnel. Dans tous les cas, il est important de se sentir innocent des réactions de chacun. Vous vivrez plus longtemps, dit Marshall Rosenberg. En leur montrant la vie, de ne plus dépendre des parents, de leur colère ou de ce qu’ils auraient fait à votre place, vous les aider à grandir aussi.

Pour aller plus loin

Un texte de Bert Hellinger sur l’aide thérapeutique et la relation d’adulte nécessaire pendant ce processus.

Quatre livres :

 Si vous avez des remarques, laissez-moi un commentaire.

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5 Responses to Que faire face à une victime, un persécuteur ou un sauveur ?

  1. sophie 29 janvier 2015 at 1 h 35 min #

    Merci!
    C’est une recherche très intéressante! Qui personnellement me donne matière à penser…
    En attendant votre prochain post..

    • admin 29 janvier 2015 at 9 h 31 min #

      J’aborde le même sujet, qui m’intéresse fortement, sur mon site de psytherapie.com

  2. eliane 3 mars 2015 at 23 h 03 min #

    Je viens de voir aussi le triangle et pour en revenir a ma 2ème fille qui me reproche sans cesse tout fait et geste donc rien de ce que je dis ou fais pour ses enfants ne va jamais, elle contrôle trop et domine dans l’agressivité et cette tendance ele l’a en général dans sa relation envers autrui quand 1 grain de sable vient dans les rouages de tout ce qu’elle planifie, elle est très anxieuse et très sévère avec ses enfants aussi.!
    Merci de m’aider dans ma conduite a faire pour aider en visualisation ou autre encore?.

    • admin 6 mars 2015 at 11 h 56 min #

      Acceptez de la prendre en silence votre fille dans vos bras en lui demandant avant….

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  1. Comment changer de scénario ? | Michel Diviné - 30 janvier 2015

    […] victime. Il aimerait prendre sa place inconsciemment. C’est ce qui est ressorti d’une constellation familiale sur le sujet. Une personne en colère contre une autre a souvent la pensée « tu n’as pas le […]

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