Le méchant loup et la vilaine sorcière

Dans les contes de fées, le méchant meurt ou est tué, que ce soit un loup ou une sorcière, comme Maléfique dans la belle au bois dormant.

Ce « méchant » personnage représente souvent un membre de la famille de l’auteur dont il veut justifier l’exclusion. Voici un premier exemple, les 3 petits cochons, suivi de l’exploration des contes de Perrault, Grimm et Walt Disney.

Les 3 petits cochons ne sont pas tous des cochons

Vous connaissez l’histoire ? Voici le dessin animé de Walt Disney qui finit pas trop mal pour le loup, contrairement à la version originale.

En faisant cette constellation, je m’aperçois que l’aîné des cochons, celui qui a la maison en pierre, est le fils du loup et de la cochonne. Ainsi, le petit va se réfugier chez le 2e, qui va chez le 1er pour que le loup et l’aîné cochon se rencontrent. Et là, que se passe-t-il ? Le représentant de l’ainé cochon est tout content de retrouver son père et de lui dire « papa » ! Nous avons donc la résolution d’une intrication, la réintégration d’un exclu. Or, ce n’est pas ce raconte l’histoire qui rend le cochon responsable de la mort ou de la fuite du loup en fonction des versions. Ainsi, l’histoire va à l’encontre de la résolution, la réintégration de l’exclu.

Comme j’ai pu le constater, la plupart des histoires justifie cette exclusion. C’est un genre de double peine. C’est pour cela que j’accorde énormément d’importance à ce que me disent les représentants, surtout quand cela va à l’encontre de la trame de l’histoire.

Voyons le cas de contes qui se ressemblent, ceux de Perrault, de Grimm et certains qui ont été repris par Walt Disney et explorons leurs métaphores.

Quelques contes de Perrault

Voici quelques contes de Perrault et les dynamiques mises en lumière lors des constellations familiales :

  • Le petit chaperon rouge est envoyé par sa mère dans les bois qui ne la prévient pas du danger du loup qui représente son père. Et il se fait manger tout cru.
  • La belle au bois dormant s’endort pendant 100 ans sans ses parents. Au réveil, ils sont morts et les parents du prince qui vient la délivrer sont des ogres qui ont envie de la manger.
  • Cendrillon, appelée Cucendron, se fait aider par sa future belle-mère la marraine. Le père de Cucendron est vivant mais ne fait rien pour sa fille. Et cela se finit fort bien pour ses belles-sœurs.

Ainsi, dans les contes de Perrault, les parents et les beaux-parents de la belle au bois dormant sont nuisibles aux enfants. Ils ne les protègent pas et les envoient même dans les bois pour se faire manger. Il est préférable de s’endormir longtemps pour ne plus les voir.

Quelques contes de Grimm

Les frères Grimm ont repris des contes de Perrault, aidés des amies de Charlotte, leur unique sœur.

  • Gretel est envoyée par sa mère dans les bois pour tuer la mère de son frère Hansel.
  • Le petit chaperon rouge est envoyé par sa mère dans les bois. Il attire le père loup dans un guet-apens et le grand-père maternel le chasseur le tuera.
  • Piquée par un fuseau de la grand-mère, la belle au bois dormant s’endort pendant 100 ans avec ses parents qui ne font rien pour la sauver. La 13e fée représente une maîtresse du roi qui ne vivra pas 100 ans, tout comme les autres. Ainsi, en se piquant le doigt, la belle débarrasse le père de sa maitresse.
  • Les belles sœurs de Cendrillon acceptent de se faire couper les doigts de pied pour que la pantoufle de verre leur aille. Alors, leur mère pourra devenir reine.

Ainsi, nous voyons que dans les contes de Grimm, la fille fait ce que la mère désire, elle tue la première femme, le père, sa maîtresse ou se fait couper les doigts de pieds.

Quelques contes de Walt Disney

Que se passe-t-il chez Walt Disney, qui connut les contes de Grimm suite à son séjour en Allemagne ?

  • Le pauvre Bambi ne peut être protégé par sa mère qui meure très jeune.
  • Dans Pinochio, Monstro est la mère et la fée la « belle-mère ». Ainsi, la belle-mère s’occupe mieux du fils que la mère dangereuse.
  • Dans Dumbo, la mère est enfermée pour que l’éléphanteau puisse rêver et vivre sa vie.
  • Piquée par un fuseau, la belle au bois dormant ne s’endort que quelques heures parce qu’elle a rencontré le prince charmant. Celui-ci tuera la méchante fée Maléfique. Ainsi, en se piquant le doigt, la belle débarrasse le père de sa maitresse.
  • Cendrillon est orpheline de père et de mère. Heureusement que le prince charmant, orphelin de mère, est là pour la sauver de la belle-mère qui ne peut rien faire pour ses propres filles. Au moins, elles n’ont pas eu à se couper le pied comme dans le conte de Grimm.

Chez Walt Disney, la mère est donc incapable d’élever Bambi, Dumbo, Pinnochio, la belle au bois dormant, Cendrillon et ses belles-soeurs.

Les histoires personnelles des auteurs

Vous avez vu qu’une même histoire, la Belle au Bois dormant par exemple, peut être modifiée pour changer la morale ou la métaphore. Celle-ci est toujours congruente avec le système familial de l’auteur, que ce soit Perrault, Grimm ou Disney.

La femme et les enfants de Perrault

Charles Perrault eut une soeur, Marie, qui mourut à 13 ans et un frère jumeau, François, mort à 6 mois. Ses parents sont morts quand il avait entre 24 et 29 ans. Il épousa une femme, Marie, qui mourut à 25 ans de la variole ou en couches quand il avait 50 ans. Il écrivit dans ses mémoires :

Ayant travaillé pendant près de 20 années et ayant 50 ans passés, je pouvais me retrancher à prendre soin de l’éducation de mes enfans.

Son fils Pierre est mort à 21 ans aux armées, 3 ans après l’avoir fait passer comme auteur des contes, quand il avait 72 ans.

Il est probable qu’il se sentit responsable de la mort de sa femme et du destin de son fils. Dans ses contes, il montre des parents incapables de s’occuper de leurs enfants. Peut-être voulaient-ils se sentir innocent de la mort du petit chaperon rouge ; même s’il est envoyé dans les bois sans lui parler du méchant loup.

Les parents et la sœur des frères Grimm

Jakob et Wilhelm ont perdu leurs parents quand ils avaient entre 10 et 20 ans. Ils avaient aussi un frère aîné et deux frères cadets morts jeunes. Ils n’eurent qu’une sœur vivante, Charlotte, et Wilhelm se maria à l’une de ses amies. Néanmoins, ils se plaignirent d’elle après la mort de leur mère.

Elle ne fait que ce qu’elle veut. Cela vient de la mort de notre mère et cela ne changera pas.

Ils souhaitaient sûrement qu’elle remplace leur mère et qu’elle fit le ménage tout comme Blanche-Neige.

Les filles de Walt Disney

Walter Disney fumait beaucoup et est mort d’un cancer des poumons à 65 ans. Il s’était marié à 24 ans avec Lilian Bounds avec qui il eu une fille, Diane, après plusieurs fausses-couches. Sa deuxième « fille », Sharon, a été adoptée. Comme il le disait à sa fille Diane :

Il existe deux manières d’avoir des enfants. De les avoir soi-même ou de les adopter. Ta mère t’a eu et nous avons adopté Sharon.

Ainsi, dans ses dessins animés, Walt Disney fait mourir les mères et ne parle que de celle de Sharon qu’il rejetait inconsciemment.

En conclusion

Les métaphores des contes ne véhiculent pas un message universel du genre « le fils veut tuer le père » comme dans l’histoire d’Oedipe qui a cru à l’oracle. Chaque auteur véhicule, sans la résoudre, sa propre histoire familiale dans les contes qu’il écrit ou réécrit.

Pour aller plus loin

Les deux derniers livres sont épuisés.

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